Rock et tequila

Le désert et ses scories, abrégé du spectacle après le passage de l’ouragan Armada, remplace la fête le 14 juillet. Drôle de pétard plus du tout mouillé dans la figure des habitants. Car Rouen l’été, c’est pas forcément des plus marrants. La dernière pointe de vitesse s’est produite un vendredi 13, et que les superstitieux en soient damnés, le souffle des Stooges a tout arraché.

La puissance de la sono semble pourtant bien faible au regard de la machine d’Iggy Pop, bien plus puissante que la frégate soviétique surarmée. Les Américains mythiques battent les records d’affluence, et pour la première fois les spectateurs encaissent en pleine figure ce phénomène dont beaucoup se revendiquent sans la moindre légitimité. Le rock, tout simplement. La Région, organisatrice des concerts, semble pourtant leur préférer le bouffon Cali, apôtre de marketing politisé et homme de scène aux gimmicks usés. Comme quoi, l’âge…

La tête encore ailleurs mais les tympans pas assez sifflants, le ciel se met alors à exploser au-dessus d’une foule aussi compacte qu’un plat surgelé, les yeux rivés sur le ciel artificiellement étoilé par la technique du feu coloré. Une belle pyromanie maîtrisée! Et des malaises en pagaille parmi un public aussi compressé qu’une chanson en MP3.

Presque la fin de ces dix jours à fond, et sans caler. Presque le bout du quai pour une cité qui on l’espère, n’attendra pas encore cinq ans avant de tempêter, de sortir de ses gonds par trop rouillés, d’innover pour oublier. Oublier quoi ? Le reste, tout ce qui ne va pas. Et forcément pour les Normands, les sentiments d’oppression et les sujets d’agacements occupent une place de choix. Raisons sociales ou climatiques, culturelles ou systémiques, le moral d’une région ne diffère en fait guère de celui d’un pays. Alors tout est clair, ou bouché plutôt.

Le départ ce matin des voiliers – sous le soleil enfin réveillé par l’iconoclaste de la veille au soir – n’en provoque qu’une coupure plus profonde.

Près de Cuauhtemoc le Mexicain, juste avant l’appareillage, tous les sens sont en alerte. Les marineros sur le pont dans un même pas de danse, sur des airs de salsa, finissent par grimper dans les vergues aux ordres des sifflets. Sacré ballet, salué par un public qui cette fois encore a choisi son préféré.

Adieux déchirants pour des amours à peine nées et déjà mortes, jeunes filles en larmes face à des hommes servant sous les armes. Surtout, l’étrange sensation de voir s’éloigner pour longtemps au fil tranquille de l’eau douce la perspective d’une telle effervescence. Aïe Aïe tequila !

Arnaud Faugère

« Ce qui n’est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins ». Emil Cioran


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