A bord du Mexicain Cuauhtemoc, comme sur la plupart des navires militaires, le galon fait le larron. Plus on a de barrettes, plus la vie est chouette. Enfin, façon de parler, car commander sur un bateau de quatre-vingt-dix mètres où trois-cents hommes cohabitent relève bien de la sacrée paire de manches.
Mais autant il s’avère facile d’aller au contact du commandant, de son second, de certains lieutenants et autres enseignes de vaisseau, autant le dialogue avec les marineros, les hommes de la base, nécessite une tout autre démarche.
Le « secretario », comme l’appelle l’amiral, porte un gilet rayé et un pantalon bleu foncé, le petit calot blanc sort seulement de temps en temps. Dans cette famille des hommes de bord, qui briquent, cuisinent, assurent les multiples tâches d’entretien d’un voilier géant, la gentillesse et l’humilité se lit d’abord dans le regard. Car ils ne s’adressent pas au visiteur, sauf si un gradé les y invite, ou si un invité se faufile en leur monde cloisonné des entrailles du navire.
Toutes les armées sont affaire de castes. Mais la différence saute bien plus au cerveau de l’observateur sur le bateau d’un pays moins riche, d’un pays où ceux qui partent comme marins sont les fermiers dont la terre ne donne plus rien et à qui la cité ne propose pas plus. Reste la mer, pour eux une version fruste de l’aventure, une solution bien plus qu’un choix.
Mais que ce soit sur le plus visité de l’Armada – Cuauhtemoc occupe encore le sommet cette année, malgré une dangereuse échelle de coupée ; alors que l’Amerigo européen bébéficie de son ponton et de maints avantages techniques -, sur le Capitan Miranda uruguayen ou le Mir russe, les hommes du peuple pauvre sont là.
Un moment parmi eux, sans présence du moindre galonné, et leurs visages s’éclairent, leurs sourires s’allument, la réserve disparaît. Ils veulent tous parler, savoir, mieux comprendre ce monde au-delà du quai auquel il n’ont même pas accès. Leurs sorties se font en civil, et personne ne remarque ces types trapus et burinés aux regards doux. Complètement décalés.
Ils retourneront à terre, quand la retraite sonnera. Et leur petite pension ne changera guère leur condition. Seule différence avec ceux qui sont restés à terre, les marineros auront fait le tour de la terre. Et si le tour de la question tout entière n’était pas plus compliqué ?

juillet 16, 2008 à 1:59
La petite fille et l’ex compagne de Mataf que je suis a eu un sérieux coup de coeur pour ce bâteau et son équipage. Je suis allée droit vers eux lundi 14 juillet 2008 vers 9h30, pour les saluer et leur dire mon coup de foudre avant qu’ils ne reprennent la mer. J’ai été impressionnée par ce que j’ai trouvé sur le quai. J’ai passé trois quart d’heure de bonheur dans une foule sous le charme, vibrant au son de “La Bamba”, les mains tendues vers cet écrin. Et puis ces petits marineros se sont mis à courir vers le ciel, je ne savais pas, un des plus beaux spectacles que j’ai vu, LA GRANDEUR HUMAINE. Chapeau bas les Moussaillons, vous êtes des grands.
Photographe amatrice, j’ai mis mon coeur dans mes photos que je vais laisser sur le site, vous ne serez pas déçus.