Excentrique ?

 Loin du centre ou carrément bizarre ? Les British ont fait leur choix et possèdent en matière d’excentrisme la maîtrise totale du décalage naturel. Pour eux, les conversations érudites relèvent même de l’affectation des ignorants, voire d’une profession pour désoeuvrés. Mais quel rapport avec les bateaux ? Pas le moindre, capitaine, mais il est là question de cité, de vie, et du choix d’insuffler ou pas une énergie un peu novatrice à des villes qui nne demandent que ça. Rouen en fait naturellement partie, enfin partiellement, mais les changements politiques du printemps ont fait germer les idées. Le climat déréglé fait le reste, les scientifiques l’affirment.

Et toc, revoilà l’Armada, et nos moutons de nuage et d’écume par la même occasion. Pas excentrée, mais pas tout près non plus quand il s’agit de se coltiner plusieurs bornes de quais. De fouler tous les ponts avant de passer sous une nouvelle montagne de béton mouvante – au secours Gustave ! -, puis d’atteindre ce point extrême appelé Musoir et ce bassin de plaisance dont on voudrait qu’ils vivent toute l’année.

Toujours pas très cadré, ce sujet métropolitain. Et pourtant, pendant que la fête et les bateaux occupent les centaines de milliers d’estivants passionnés ou curieux, d’autres débats sur la « centritude » – merci Mme Royal d’avoir fait tomber une muraille linguistique ! -, agitent très fort, mais alors très très fort, la classe politique du coin toutes étiquettes brandies.

Parce que la médiathèque du virulent et talentueux architecte Rudy Ricciotti serait trop excentrée, tout doit s’arrêter. Le chantier, les marchés, le projet. Gêne générale, y compris en les rangs de la majorité socialiste – et de ses alliés Verts et communistes -, qui ne sait plus trop comment se dépêtrer d’une « affaire » qui commence seulement à faire du bruit. Car à l’échelle nationale, voire plus loin, Riccioti maîtrise l’  « agit prop » comme personne, et ça va secouer ! On évoque donc ça et là un « plan de reconversion » qui permettrait d’achever l’ouvrage à vocation culturelle, pas si excentrique finalement.

Un recul à la fois timide et courageux. Et puis Rouen, à force de le répéter, chacun sait désormais qu’il s’agit d’une grande agglo, non ? Bientôt même d’une communauté urbaine élargie, avec des ambitions affichées. Du Musoir à la médiathèque du quartier Grammont ? Eh bien non, fallait y penser avant de décider de la coller dans un faubourg à la réputation certes restaurée, mais dont la position géographique apparaît extravagante.

Comme ce Palais des congrès jouxtant la cathédrale, que les innombrables touristes voient chaque jour de l’Armada sans même savoir qu’il devrait être à terre, vaincu. Là encore, même si nous sommes revenus dans l’hypercentre, les positions divergent toujours autant et la Cour d‘appel administrative de Douai vient de regarder le dossier du bout des yeux, ne laisssant guère espérer de solution proche…

Finalement, sous ses dehors tranquilles, la beauté historique de Rouen cache bien ses petites déviances, ses combats sans fin. Aujourd’hui, plutôt des batailles esthético-budgétaires. Avec toujours la question géographique, la résistance à étendre une frontièr au-delà du nombril, du cœur de la ville. Ou de l’Agglo, si on préfère.

Si la beauté, la vraie beauté, finit là où commence l’expression intellectuelle – comme certains artistes maudits le pensent depuis longtemps -, l’issue de ces joutes demeure plus secrète et incertaine que jamais. Et puis qui sait, le projet d’un canal qui permettrait à l’Amerigo Vespucci de remonter la rue Jeanne d’Arc est peut-être en gestation. La source est toutefois douteuse, par trop excentrique…

Arnaud Faugère


2 réponses vers «Excentrique ?»

  1. Laure dit :

    En y réfléchissant bien, cette histoire de médiathèque me rappelle un précédent dans l’histoire rouennaise. Le somptueux hôtel de Ville dessiné par l’architecte Le Carpentier et dont on peut encore voir la maquette au musée des Beaux-Arts. Grandiose projet qui devait raser à peu près tout sur la place du Vieux Marché, dégager une perspective jusqu’à la cathédrale en dégommant au passage le Gros Horloge. Mais (en tout cas c’est ce que l’histoire a retenu), faute de moyens, l’affaire avorta et il ne reste que quelques soubassements que l’on peut voir dans les restaurants “le 6e sens” et la pizzeria juste à côté. Il y eut sans doute grand gâchis d’argent public aussi à cette époque. Rouen ne ressemblera jamais à une ville du XVIIIe siècle comme une autre ville chère à ton coeur. Curieusement, cette médiocrité des édiles rouennais peu avant la Révolution donne aujourd’hui un cadre assez exceptionnel d’une ville qui offre un coeur historique avec un parcellaire médiéval d’une ampleur peu égalée ailleurs en france. Tiens ! tout ça me donne une idée de post… Quand la médiocrité et la frilosité servent les siècles futurs…
    Et sinon, en termes de desserte et d’accessibilité, que dire du 106 ?

  2. Boizard dit :

    Bonjour,

    J’ai vécu un moment inoubliable ce samedi 12 juillet 2008 lors du concert de Cali, à savoir que j’ai été sur scène avec lui le temps d’une chanson du dernier album. Serait-il possible de récupérer des photos ou vidéo?
    Merci

Laisser un commentaire