Sans modérateur !

juillet 7, 2008

 C’est bien joli de se balader sur les quais, mais les ampoules ne présentent aucun intérêt. Sinon celui de prendre son pied en grippe. En revanche, à bord de l’ensemble des bateaux amarrés aux quais rouennais, il est des flacons dont la majorité ignore l’existence, mais qui apparaissent comme par magie lors d’une visite protocolaire, d’un cocktail d’ambassade, d’un accueil amical au carré des officiers. Des flacons ou des verres, qu’importe le contenant, qui reflètent eux aussi le marin et son goût pour d’autres paradis.

Risqué, mais tentant. Aussi variés que les langues parlées, les alcools de l’Armada vont-ils lors d’un petit tour sur le site permettre de rester à flot… Pas sûr, et pas question non plus de faire dans l’exhaustif; à moins de prévenir la sécu, le samu, les pompiers, les plongeurs et tout ce qui sauve la vie.

Départ du musoir, rive droite. Les Japonais n’arrivent que jeudi : dommage, commencer un peu saké eut été amusant. Le Southampton est parti au canon, alors le premier voilier est le bon. Un petit coup de blanc léger à bord du Mircéa roumain fait l’affaire, léger et parfumé. Sur le Stad Amsterdam, seul voilier à posséder un bar sur le pont, il est encore tôt et une bière fraîche fait l’affaire. L’échelle de coupée s’avale facilement à la descente.

Un peu de marche, l’oeil tenté par l’accueil toujours chaleureux des bataves et des Scandinaves, puis un stop sur le Pogoria. Des gens charmants ces polonai – avec une réserve pour les jumeaux, parfois limite… -, mais après quelques célébrations typiques, il est temps de respirer un peu.

Soudain, là, piège majeur. Un des plus beaux, le Cuauhtemoc où l’accueil est incomparable. Militaire certes, mais débridé dans l’intimité, et en toute amitié. Ils sont comme ça les mexicains! En fin de soirée à l’occasion, outre la fameuse bière préférée de l’ex-président français, une bouteille noire de tequila introuvable en France apparaît. Et même un mezcal – ” sans le ver au fond, c’est pour les touristes…” -, qui fait voir Acapulco . Cette fois, pas d’occasion exceptionnelle, mais tout de même une franche gaieté à la sortie de coupée, un cigare au bec!

Comment ne pas aller saluer les amis du Christian Radich? Juste avant de passer le pont vers la rive sud de l’Armada, ce grand voilier civil sait faire passer – comme le Sorlandet et le Statsraaad d’ailleurs – la franche amitié norvégienne. Dans la journée, une mousse ou un café version anglo-saxonne – soit très proche de l’eau, quoi de plus naturel pour un marin. Mais le “Linen” peut surgir du réfrigérateur, à l’occasion. Un alcool spécial qui doit avoir franchi deux fois l’équateur dans la soute d’un bateau pour mériter son appellation contrôlée. Un fameux aquavit, qu’on n’oublie pas si vite. Et pour le contrôle, raté !

Coup de vent salvateur sur le pont Guillaume, mais la démarche s’avère beaucoup moins conquérante qu’au départ. Une belle descente d’escalier façon cabaret, et le charme italien prend tout son sens dans le carré du Vespucci. Impossible de résister, la vertu est de surcroît thérapeutique : le meilleur expresso de Rouen se boit ici, sur l’Amerigo, mais seulement pendant quelques jours encore. Une petite grappa pour faire plaisir, après une dizaine de « bien serrés », mais la forme est presque revenue à la sortie. La caféine en overdose, sans doute.

L’illusion ne dure guère. Le Mir russe n’est pas loin, et son pacha est en forme. Le problème, c’est que leur petit lait attaque assez fort les sens. La journée passe trop vite, les verres aussi. Après la vodka, pause sans alcool sur le Shabab Oman, où un thé parfumé ramène vaguement à une forme de raison orientale. Ouf, passés quelques Néerlandais, tout va bien finir. Mais ce serait oublier le captain Mac Dougal du Grand Turk, pour l’estocade. A la britannique, c’est du sérieux !

Et il en reste un, tout au bout du quai, en sortant un peu plus tard de cette cambuse de pirates. Noooon, c’est le Tenacious, formidable bateau qui permet aux handicapés de naviguer. La raison définitivement envolée, la peur de finir attaché au dernier mât, il est temps de rentrer. A la nage, de toute façon il pleut…

Arnaud Faugère

 

* Tous les faits rapportés dans ce texte sont bien sûr fictifs, et aucun personnage ne s’y reconnaitra…