Avant l’heure

juillet 4, 2008

 

Avant l’heure, c’est pas le Calvados, c’est l’Armada. L’inauguration officielle de samedi, c’est pour la pompe, pas pour le public. D’ailleurs, en cette journée d’arrivage massif de voiliers grand formats, il sait déjà. Et se masse au bord du fleuve, sous le pont Flaubert parti en altitude et en aval, afin de capter les meilleurs pixels des géants à voile à côté desquels les puissants remorqueur ont l’air minuscule.

Ce vendredi, c’est pas de la rigolade: le russe et Dar Mlodziezy le Polonais sont les deux plus longs trois-mâts du plateau, avec leurs 110 mètres effilés. Et le public peut aussi regarder passer nson chouchou des dernières années, pour son sens de la fiesta et sa beauté, le Cuauhtemoc mexicain.

Mais le vrai truc, ce qui se passe après les prémisses d’un jeudi prometteur, c’est le sentiment de la métamorphose d’un port, et bientôt d’une cité tout entière. Cette possession librement consentie par la ville, dont pourtant aucun stigmate ne frappe encore les badauds de l’après-midi. Après, bientôt, tandis que ceux de l’organisation s’arrachent leurs derniers cheveux – dix millions de personnes en dix jours, ça agace un peu les nerfs de tout le monde -, tandis que le président Patrick Herr ne sait plus répondre à vingt sollicitations en même temps, et le fait tout de même. Mais quel est-donc son médecin ? Les footeux français en auraient bien besoin! Tandis que l’énorme machine se met en place, les habitués savent qu’une partie du temps va s’abolir.

Rouen, la belle endormie? Le cliché s’applique à de nombreuses grandes villes de province, un lieu commun très prisé des magazines nationaux. Qu’ils y viennent, et ils reparleront de tout cela après dix jours d’insomnie. Car la fête va progressivement contaminer la ville, ses bars et ses boites, ses restaus et les nombreuses scènes érigées ça et là.

Et le dialogue avec des marins, plus de huit mille, va s’installer facilement. Avec les yeux, les mains, et le regard des jeunes filles vacillera face à ces jeunes hommes bien mis, heureux de faire le tour du monde. Pour eux, elles sont toutes belles!

Et qu’en est-il du joli coup people évoqué par certains? Le rêve secret d’une petite visite du Président – non, pas pour le jogging -, mais avec sainte Ingrid à son bras quai Bethencourt (et tant pis pour l’orthographe).

Si c’est une rumeur, et cela y ressemble fort, cela n’empêchera sûrement pas les cadets du monde entier de raconter ce qui trouble leur quotidien, ce qui parfois aussi l’empoisonne. Car la Colombie – qui possède d’ailleurs un magnifique trois-mâts déjà visiteur de l’Armada, la Gloria -, ne recèle pas la quintessence des problèmes de la planète. Ceux qui envahissent la cité aujourd’hui ont aussi envie de parler, d’échanger. Et puis le Simon Bolivar vénézuélien de Hugo Chavez sera lui aussi absent, il est pourtant sans doute le seul avec l’Omanais à ne pas souffrir de la hausse des carburants. Côté carburants, en tous cas, tout est prévu: la panne sèche n’aura pas lieu cette année non plus. E viva Armada!

Arnaud Faugère


L’Amerigo est arrivé

juillet 4, 2008