Personne n’y croit encore. Pourtant, la question est posée quasiment chaque jour, un peu partout en ville. Et ceux qui sont directement impliqués dans l’organisation de l’événement vivent des nuits déjà plus courtes, des journées où les heures ne comptent plus. L’important, c’est le fameux « jour J ». Et il a lieu cette semaine – mercredi avec le traditionnel prologue de la grande pagaille, puis jeudi lorsque les premiers voiliers viendront jusqu’au coeur de la ville. L’Armada 2008 va se déclencher comme une épidémie de rêve, une contagion de passion.
Naturellement, ce phénomène récurrent sera accompagné des symptômes les plus divers et des comportements les plus inattendus: l’attente au pied d’une passerelle, les danses aux sons de musique d’ailleurs, les cocktails très privés sur les ponts tandis que la foule défile aux pieds du luxe, les milliers de regards rivés au ciel explosant chaque soir de bouquets colorés, les coups de foudre entre marins du monde entier et jeunes filles d’ici désireuses de voyage amoureux…
Mais pour obtenir cette chimie si particulière, la plus immense fête gratuite de ce genre, il faut des stars! A Rouen, pas de montée des marches ni de tapis rouge, mais un lent défilé sur artère liquide, et de nombreux passages sous le pont Flaubert, dont le tablier central s’élèvera plusieurs fois entre le 3 et le 14 juillet.
Comme un symbole, le premier géant des mers à venir s’amarrer aux quais rouennais jeudi sera l’Italien Amerigo Vespucci, dont la dernière visite remonte à 1994. Derrière ce chef d’oeuvre flottant de plus de cent mètres, merveille d’école militaire où chaque détail est en place depuis le lancement en 1931, le fidèle Sorlandet norvégien empruntera le sillage. Mais en tête, la surprise sera le racé voilier de course monégasque Tuiga, petit bijou de 28 mètres qui fêtera ses cent ans en 2009. La raison à la présence de ce modeste bateau – seulement par la taille – tient au statut d’invité d’honneur du prince Albert, côté « people » couronné; Iggy Pop raflera de son côté la palme rock n’ roll avec le mythe Stooges et les décibels les plus ahurissants du XXe siècle. Le Grand Turk britannique, copie des frégates de pirates, et le Néerlandais Morgenster, à peine sorti de son chantier de construction, feront également partie de ce premier arrivage.
Cette salve qui devrait déjà cribler la ville de festivités tous azimuts sera suivie de l’apparition massive du très long cortège de vendredi, veille de l’inauguration officielle en présence du chef d’état-major de la marine nationale. Du sérieux donc, mais sur les ponts des navires comme sur les pavés de la cité, la folie raisonnée de l’Armada se prépare déjà une place hors du temps, comme tous les cinq ans depuis 1989.
Publié par arnaudfaugere
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