Une dernière fantaisie nocturne avant de redonner la main à Mister Arno… Peut-être le moment le plus émouvant de cette Armada 2008… Cétait Alain B. un samedi soir à Rouen. Le 5 juillet…
Cali porté par la foule
juillet 14, 2008Je sais Arnaud, tu vas bondir en découvrant ces images mais tous ceux et toutes celles qui étaient samedi soir au bout des quais n’ont pas hésité à former une énorme mêlée humaine quand l’énervé de Perpignan s’est jeté dans la foule. Toi le rugbyman, ne boude pas ton plaisir partage ce beau moment…
Souvenirs, souvenirs…
juillet 14, 2008Avant de retrouver Arnaud dans quelques heures, nous vous proposons de revivre quelques instants magiques de cette Armada 2008 avec le concert donné par the King Iggy Pop dimanche soir au bout de nulle part…
Rock et tequila
juillet 14, 2008
Le désert et ses scories, abrégé du spectacle après le passage de l’ouragan Armada, remplace la fête le 14 juillet. Drôle de pétard plus du tout mouillé dans la figure des habitants. Car Rouen l’été, c’est pas forcément des plus marrants. La dernière pointe de vitesse s’est produite un vendredi 13, et que les superstitieux en soient damnés, le souffle des Stooges a tout arraché.
La puissance de la sono semble pourtant bien faible au regard de la machine d’Iggy Pop, bien plus puissante que la frégate soviétique surarmée. Les Américains mythiques battent les records d’affluence, et pour la première fois les spectateurs encaissent en pleine figure ce phénomène dont beaucoup se revendiquent sans la moindre légitimité. Le rock, tout simplement. La Région, organisatrice des concerts, semble pourtant leur préférer le bouffon Cali, apôtre de marketing politisé et homme de scène aux gimmicks usés. Comme quoi, l’âge…
La tête encore ailleurs mais les tympans pas assez sifflants, le ciel se met alors à exploser au-dessus d’une foule aussi compacte qu’un plat surgelé, les yeux rivés sur le ciel artificiellement étoilé par la technique du feu coloré. Une belle pyromanie maîtrisée! Et des malaises en pagaille parmi un public aussi compressé qu’une chanson en MP3.
Presque la fin de ces dix jours à fond, et sans caler. Presque le bout du quai pour une cité qui on l’espère, n’attendra pas encore cinq ans avant de tempêter, de sortir de ses gonds par trop rouillés, d’innover pour oublier. Oublier quoi ? Le reste, tout ce qui ne va pas. Et forcément pour les Normands, les sentiments d’oppression et les sujets d’agacements occupent une place de choix. Raisons sociales ou climatiques, culturelles ou systémiques, le moral d’une région ne diffère en fait guère de celui d’un pays. Alors tout est clair, ou bouché plutôt.
Le départ ce matin des voiliers – sous le soleil enfin réveillé par l’iconoclaste de la veille au soir – n’en provoque qu’une coupure plus profonde.
Près de Cuauhtemoc le Mexicain, juste avant l’appareillage, tous les sens sont en alerte. Les marineros sur le pont dans un même pas de danse, sur des airs de salsa, finissent par grimper dans les vergues aux ordres des sifflets. Sacré ballet, salué par un public qui cette fois encore a choisi son préféré.
Adieux déchirants pour des amours à peine nées et déjà mortes, jeunes filles en larmes face à des hommes servant sous les armes. Surtout, l’étrange sensation de voir s’éloigner pour longtemps au fil tranquille de l’eau douce la perspective d’une telle effervescence. Aïe Aïe tequila !
Arnaud Faugère
« Ce qui n’est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins ». Emil Cioran
Over the rainbow !
juillet 13, 2008Il est agréable de penser qu’une chanson attache ses notes à chaque moment. Alors il va falloir essayer d’oublier la médiocrité de nombre de musiques d’ambiance censées satisfaire le plus grand nombre. Salsa épicée façon supermarché, rock balancé au tractopelle, variété avariée et autres digressions pathétiques imposées à de pauvres tympans surexposés. Oublions, le temps passe, le temps presse, il accélère au fur et à mesure, jusqu’au moment ou le vide aura tout aspiré, ou les quais seront désertés. Accélération foudroyante, nuits blanches et fête noire de monde, le freinage pourrait bien s’avérer aussi brutal. Et le choc de l’habitude, violent.
C’est le moment de revenir à la musique, à ce qui se passe au-delà de l’arc en ciel, « Over the rainbow ». Cette chanson écrite pour Judy Garland dans « Le magicien d’Oz » – sorti en 1939, pas de hasard -incarne plus que tout autre le rêve en couleurs d’horizons dégagés. La « conjoncture », comme disent les spécialistes gris des maux les plus atroces de la société, ne prête pourtant guère à sourire. L’Armada s’en va, les vagues et autres tourbillons du quotidien ne laisseront pas la place à une plage bien nette et sans souci.
La vitesse prise pendant ces dix jours – au moins pour les innombrables acteurs de l’événement – n’a laissé à personne le loisir d’être, d’exister tout simplement. Juste la perspective d’en sortir chamboulé, physiquement et parfois même en des recoins plus intimes de la boîte crânienne. Car tous ceux qui viennent d’apprécier la lumière, de s’y exposer malgré les constants caprices de nuages généreux en liquide, savent qu’elle est également productrice d’ombre. Sans ténèbres dans une existence, le fameux arc en ciel ne vaut pas un clou.
Comment en effet imaginer éclairer autre chose que sa propre expérience, puisque les utopies se sont toutes noyées dans le marécage humain, que le champ de bataille ne disparaîtra jamais.
Reste ce doigt pointé, sans illusion mais avec quelques nouvelles étoiles dans la mémoire. Après, chacun aura tout le temps de se reposer de ne rien faire.
Arnaud Faugère
« Que d’hommes se pressent vers la lumière non pour mieux voir, mais pour mieux briller ». Friedrich Nietsche.
Los marineros
juillet 12, 2008A bord du Mexicain Cuauhtemoc, comme sur la plupart des navires militaires, le galon fait le larron. Plus on a de barrettes, plus la vie est chouette. Enfin, façon de parler, car commander sur un bateau de quatre-vingt-dix mètres où trois-cents hommes cohabitent relève bien de la sacrée paire de manches.
Mais autant il s’avère facile d’aller au contact du commandant, de son second, de certains lieutenants et autres enseignes de vaisseau, autant le dialogue avec les marineros, les hommes de la base, nécessite une tout autre démarche.
Le « secretario », comme l’appelle l’amiral, porte un gilet rayé et un pantalon bleu foncé, le petit calot blanc sort seulement de temps en temps. Dans cette famille des hommes de bord, qui briquent, cuisinent, assurent les multiples tâches d’entretien d’un voilier géant, la gentillesse et l’humilité se lit d’abord dans le regard. Car ils ne s’adressent pas au visiteur, sauf si un gradé les y invite, ou si un invité se faufile en leur monde cloisonné des entrailles du navire.
Toutes les armées sont affaire de castes. Mais la différence saute bien plus au cerveau de l’observateur sur le bateau d’un pays moins riche, d’un pays où ceux qui partent comme marins sont les fermiers dont la terre ne donne plus rien et à qui la cité ne propose pas plus. Reste la mer, pour eux une version fruste de l’aventure, une solution bien plus qu’un choix.
Mais que ce soit sur le plus visité de l’Armada – Cuauhtemoc occupe encore le sommet cette année, malgré une dangereuse échelle de coupée ; alors que l’Amerigo européen bébéficie de son ponton et de maints avantages techniques -, sur le Capitan Miranda uruguayen ou le Mir russe, les hommes du peuple pauvre sont là.
Un moment parmi eux, sans présence du moindre galonné, et leurs visages s’éclairent, leurs sourires s’allument, la réserve disparaît. Ils veulent tous parler, savoir, mieux comprendre ce monde au-delà du quai auquel il n’ont même pas accès. Leurs sorties se font en civil, et personne ne remarque ces types trapus et burinés aux regards doux. Complètement décalés.
Ils retourneront à terre, quand la retraite sonnera. Et leur petite pension ne changera guère leur condition. Seule différence avec ceux qui sont restés à terre, les marineros auront fait le tour de la terre. Et si le tour de la question tout entière n’était pas plus compliqué ?
Arnaud Faugère
Les jeunes filles
juillet 11, 2008De milliers de marins et la fiesta sur les quais, impossible d’ignorer les essaims animés de jeunes filles affolées. En quête ou simplement émerveillées. Mais l’histoire d’un soir sur ce bateau magique au nom aztèque du Mexique se limite à deux anecdotes très différentes*. Deux saynettes dont les personnages féminins, malgré l’infime différence d’âge de huit années, vivent en deux univers aussi éloignés que des galaxies. Elles sont « meilleures amies », et à 17 ans ça compte déjà fort. Elles viennent de passer le bac français, et les profs leur ont fait marquer des points. Bien joué. Mais à la nuit tombée, lorsqu’elles franchissent l’échelle de coupée du bateau où les marins dansent pour le public, rien ne compte vraiment sinon exulter. Une complicité amusée les aide à se faufiler au cœur du géant, jusqu’à la table des officiers. Parachutées sur un voilier !
Les joyeux et néanmoins supergalonnés les impressionnent à peine, leurs yeux pétillent plus qu’une année au champagne. Elles boivent le verre offert sans penser à demain, elles se fichent bien des beaux marins, elles ne pensent qu’à l’instant, à chaque seconde, c‘est suffisant. Leur délicieux charme plus tout à fait adolescent séduit chacun, et les voilà envolées vers d’autres rires, vers leur bande de copains. De l’autre côté de la vie des adultes.
Dans la même pièce, à quelques dizaines de minutes d’écart, se tient un drame bien trop contemporain, quasi éternel. Une jeune fille de 25 ans voit son monde rêvé s’abîmer en un clin d’œil mouillé. Son marin, elle le connaît depuis deux jours et pense déjà histoire d’amour. La jeune fille ne parle que le Français, le marin pas un mot. Elle le trouve beau, veut lui dire son désir. D’attendre, de retrouver, malgré deux longues années encore à bord pour cet homme que son regard dévore. Sensible, elle confie aussi son inquiétude, la possibilité que deux vies ne puissent jamais se croiser, l’hypothèse d’une autre femme. Mais elle ne peut pas le lui demander. Drôle de dialogue en anglo-franco-espagnol, avec interprètes improvisés, juste un garçon et une fille qui passent et se font alpaguer par la requête quasi désespérée.
Tout finit bien et finit mal. Elle va pleurer, il y a bien une fiancée. Mais le marin sait qu’une histoire courte compte parfois toute la vie, bien plus qu’un destin coincé. La jeune fille est avec sa mère. Une femme qui sait, qui lui dit aussi la valeur de l’aventure, du risque magnifique en des existences tristement programmées. Pour bosser, souvent s’ennuyer, voir l’horizon progressivement se boucher. L’histoire ne dit pas où la nuit se finit. L’histoire peut encore commencer, et finir au bout d’un quai.
Arnaud Faugère
* Les faits rapportés sont anonymes, mais d’une étonnante et subjective réalité.
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« Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. (…) ». Louis-Ferdinand Céline
Tout fout le camp !
juillet 10, 2008-
Nul besoin de plonger dans le fleuve, les partants du footing de l’Armada sont déjà dans le grand bain avant le départ, ce jeui matin. Transis et trempés, ils vont pourtant tous sacrifier à la nouvelle religion du sport pour tous et de la santé à portée de foulée. Presque un modèle de société, le jogging/footing occupe désormais une place de choix dans la compétition sociale. « Vous courez ? » « Euh, y’a un truc à chercher rapidement, ou quelqu’un lancé à ma poursuite ? » « Non, c’est juste pour le plaisir, la condition physique. Et quand on a la santé hein ! ».
Pour la majorité, l’hygiène de vie étant aujourd’hui une quasi obligation – sous peine de se voir catalogué, pointé du doigt de pied, considéré comme une espèce de relique, de brûleur de chandelle par tous les bouts -, la seule bonne forme suffit. Et la production d’endorphines – n’importe quel lecteur de magazine peut désormais en parler scientifiquement -, génère des plaisirs inconnus du pékin moins pressé d’arriver au bout de son quai.
OK, les marins russes vite torses nus ce matin, les Omanais à la belle foulée font de belles images bien sympathiques. Nos politiques locaux ont eux aussi – pour quelques uns, dont madame le maire de Rouen et son adjoint aux sports ancien athlète de haut niveau -, montré leur goût de l’effort.
Que cet élan collectif est émouvant ! Tout au moins lorsqu’il ne participe pas d’une conquête de l’opinion à laquelle le Président – un moment annoncé, mais cela semblait trop compliqué – a donné ses lettres de noblesse avec une foulée de basset artésien. L’ancien de Matignon appelait les caméras pour exhiber sa noble foulée, en maillot de bain et crinière au vent sur le sable d’une plage quasiment cotée en bourse. La classe, politique !
Reste la question esthétique, et là, le drame est entier. Que trouver de plus laid qu’une tenue de footing enfermant un corps maladroit ? Les exemples sont légion, mais les coureurs le deviennent aussi. Si Dior en dessinait, des survêts et des maillots, des shorts et des godasses, Rachida aurait-elle honoré les quais ? Et puis il y a la foulée, l’allure, celle des plus grands athlètes du genre ne se trouve pas à tous les coins de bois, ni même en bord de Seine. Et en ce domaine du sport et de la santé, on ne sait plus vraiment, le style n’a plus la moindre importance. Pffff, tout fout le camp, en courant !
Arnaud Faugère
Rose, belle comme la nuit…
juillet 10, 2008
Excentrique ?
juillet 9, 2008Loin du centre ou carrément bizarre ? Les British ont fait leur choix et possèdent en matière d’excentrisme la maîtrise totale du décalage naturel. Pour eux, les conversations érudites relèvent même de l’affectation des ignorants, voire d’une profession pour désoeuvrés. Mais quel rapport avec les bateaux ? Pas le moindre, capitaine, mais il est là question de cité, de vie, et du choix d’insuffler ou pas une énergie un peu novatrice à des villes qui nne demandent que ça. Rouen en fait naturellement partie, enfin partiellement, mais les changements politiques du printemps ont fait germer les idées. Le climat déréglé fait le reste, les scientifiques l’affirment.
Et toc, revoilà l’Armada, et nos moutons de nuage et d’écume par la même occasion. Pas excentrée, mais pas tout près non plus quand il s’agit de se coltiner plusieurs bornes de quais. De fouler tous les ponts avant de passer sous une nouvelle montagne de béton mouvante – au secours Gustave ! -, puis d’atteindre ce point extrême appelé Musoir et ce bassin de plaisance dont on voudrait qu’ils vivent toute l’année.
Toujours pas très cadré, ce sujet métropolitain. Et pourtant, pendant que la fête et les bateaux occupent les centaines de milliers d’estivants passionnés ou curieux, d’autres débats sur la « centritude » – merci Mme Royal d’avoir fait tomber une muraille linguistique ! -, agitent très fort, mais alors très très fort, la classe politique du coin toutes étiquettes brandies.
Parce que la médiathèque du virulent et talentueux architecte Rudy Ricciotti serait trop excentrée, tout doit s’arrêter. Le chantier, les marchés, le projet. Gêne générale, y compris en les rangs de la majorité socialiste – et de ses alliés Verts et communistes -, qui ne sait plus trop comment se dépêtrer d’une « affaire » qui commence seulement à faire du bruit. Car à l’échelle nationale, voire plus loin, Riccioti maîtrise l’ « agit prop » comme personne, et ça va secouer ! On évoque donc ça et là un « plan de reconversion » qui permettrait d’achever l’ouvrage à vocation culturelle, pas si excentrique finalement.
Un recul à la fois timide et courageux. Et puis Rouen, à force de le répéter, chacun sait désormais qu’il s’agit d’une grande agglo, non ? Bientôt même d’une communauté urbaine élargie, avec des ambitions affichées. Du Musoir à la médiathèque du quartier Grammont ? Eh bien non, fallait y penser avant de décider de la coller dans un faubourg à la réputation certes restaurée, mais dont la position géographique apparaît extravagante.
Comme ce Palais des congrès jouxtant la cathédrale, que les innombrables touristes voient chaque jour de l’Armada sans même savoir qu’il devrait être à terre, vaincu. Là encore, même si nous sommes revenus dans l’hypercentre, les positions divergent toujours autant et la Cour d‘appel administrative de Douai vient de regarder le dossier du bout des yeux, ne laisssant guère espérer de solution proche…
Finalement, sous ses dehors tranquilles, la beauté historique de Rouen cache bien ses petites déviances, ses combats sans fin. Aujourd’hui, plutôt des batailles esthético-budgétaires. Avec toujours la question géographique, la résistance à étendre une frontièr au-delà du nombril, du cœur de la ville. Ou de l’Agglo, si on préfère.
Si la beauté, la vraie beauté, finit là où commence l’expression intellectuelle – comme certains artistes maudits le pensent depuis longtemps -, l’issue de ces joutes demeure plus secrète et incertaine que jamais. Et puis qui sait, le projet d’un canal qui permettrait à l’Amerigo Vespucci de remonter la rue Jeanne d’Arc est peut-être en gestation. La source est toutefois douteuse, par trop excentrique…
Arnaud Faugère
Publié par arnaudfaugere 










